Les heures supplémentaires de nuit relèvent de deux règles distinctes : la majoration des heures supplémentaires, fixée par le Code du travail ou par accord, et la contrepartie du travail de nuit, prévue par votre convention collective. Cet article explique comment elles se combinent, sur quelle base se calcule chaque pourcentage et à quoi doivent ressembler les lignes de votre fiche de paie, avec un exemple au SMIC de 12,31 €. Pour les règles générales (plage horaire, statut de travailleur de nuit, suivi médical), reportez-vous à notre guide de la majoration heure de nuit.
Réponse courte : une heure supplémentaire faite la nuit donne droit aux deux majorations, celle des heures sup (25 % par défaut, 10 % minimum par accord) et celle de nuit si votre convention en prévoit une. La majoration de nuit entre dans la base de calcul des heures sup (Cass. soc., 22 mai 2019) : au SMIC avec +15 % de nuit, l'heure sup de nuit vaut 12,31 × 1,15 × 1,25 = 17,70 € brut.
Sommaire
Deux majorations qui ne viennent pas du même texte
Beaucoup d'erreurs de paie viennent de là : on traite l'heure sup de nuit comme une seule notion, alors qu'elle en réunit deux, qui ne se comptent pas de la même façon.
- Les heures supplémentaires se décomptent à la semaine, au-delà de 35 heures de travail effectif. À défaut d'accord, l'article L3121-36 fixe une majoration de 25 % de la 36e à la 43e heure, puis de 50 % à partir de la 44e. Un accord d'entreprise ou de branche peut retenir un autre taux, sans descendre sous 10 %.
- Le travail de nuit se repère heure par heure : toute heure placée dans la plage de nuit (21h-6h sans accord) est une heure de nuit. Le Code du travail impose au travailleur de nuit une contrepartie en repos ; la majoration de salaire n'existe que si un accord ou votre convention la prévoit (article L3122-8).
Une heure peut donc être supplémentaire sans être de nuit (la 38e heure faite un mercredi à 17h), de nuit sans être supplémentaire (une nuit en début de semaine), ou les deux à la fois. Seul ce dernier cas pose la question du cumul. Si vous hésitez sur les bornes de la plage de nuit, notre article heure de nuit : à partir de quelle heure ? fait le point.
Heure sup de nuit : les majorations se cumulent-elles ?
Oui, sauf disposition particulière de votre convention. La loi ne prévoit aucune règle de non-cumul entre ces deux majorations, et elles ne paient pas la même chose : l'une compense le dépassement de la durée du travail, l'autre l'horaire de nuit. La Cour de cassation admet le cumul de majorations qui ont des causes distinctes ; elle l'a jugé, par exemple, pour la majoration d'équipe de suppléance et celle du travail de nuit (Cass. soc., 17 mai 2018, n° 17-11.375).
Votre convention collective reste le texte à lire en premier, car c'est elle qui fixe la majoration de nuit et ses conditions. Quelques exemples de ce qu'on y trouve :
- la convention de la prévention et sécurité prévoit une majoration de 10 % du taux horaire conventionnel pour chaque heure entre 21h et 6h, cumulable avec celle des heures supplémentaires ;
- celle des entreprises de propreté distingue le travail de nuit régulier (+20 %) et occasionnel (+100 %) ;
- celle de l'industrie de la salaison prévoit +20 % pour le travail de nuit habituel et +40 % pour le travail exceptionnel, entre 21h et 6h.
Ces taux sont donnés à titre d'illustration : vérifiez toujours la version à jour de votre texte, dont le nom figure sur le bulletin de paie. Certaines conventions réservent aussi la majoration aux salariés qui ont le statut de travailleur de nuit, ou appliquent une plage horaire différente selon le statut.
La base de calcul : la nuit entre dans le taux des heures sup
Le cumul ne se résume pas à additionner deux pourcentages. Dans un arrêt du 22 mai 2019 (n° 17-22.376), la Cour de cassation a jugé que les éléments de salaire directement liés à l'activité personnelle du salarié doivent être intégrés dans la base de calcul des majorations pour heures supplémentaires, et elle cite la majoration pour travail de nuit, le dimanche ou les jours fériés. Les 25 % se calculent donc sur le taux horaire déjà augmenté de la majoration de nuit.
Pour une heure à la fois supplémentaire et de nuit, au SMIC, avec une convention à +15 % de nuit :
| Méthode | Calcul | Heure payée (brut) |
|---|---|---|
| Addition des taux (25 % + 15 %) | 12,31 × 1,40 | 17,23 € |
| Nuit intégrée dans la base des heures sup | 12,31 × 1,15 × 1,25 | 17,70 € |
L'écart n'est que de 0,46 € par heure, mais il se répète à chaque heure sup de nuit. Quand une partie seulement de vos heures sup tombe la nuit, la même logique s'applique heure par heure : la 38e heure faite à 17h n'a pas de majoration de nuit, celle faite à 2h du matin en a une, et ses 25 % se calculent dessus. Une autre façon de faire consiste à calculer un taux horaire moyen de la semaine (salaire et majorations de nuit divisés par les heures travaillées) ; le résultat diffère alors de quelques centimes. Si votre bulletin ne correspond à aucune des deux, demandez au service paie la méthode retenue.
Exemple : 43 heures dont 16 heures de nuit au SMIC
Prenons un préparateur de commandes payé au SMIC (12,31 € brut depuis le 1er juin 2026), dont la convention majore de 15 % les heures entre 21h et 6h. Sa semaine :
- lundi, mardi et mercredi : 8h-17h30 avec 30 minutes de pause, soit 9 heures par jour et 27 heures de jour ;
- jeudi et vendredi : 21h-5h30 avec 30 minutes de pause, soit 8 heures de travail effectif par nuit, toutes dans la plage 21h-6h.
Total : 27 + 16 = 43 heures, dont 16 heures de nuit. Les 35 premières heures sont atteintes à la fin de la nuit du jeudi ; les 8 heures supplémentaires (de la 36e à la 43e) correspondent donc à la nuit du vendredi, et ce sont toutes des heures de nuit.
Le calcul ligne par ligne
| Élément | Base | Taux | Montant brut |
|---|---|---|---|
| Heures normales | 35 h | 12,31 € | 430,85 € |
| Heures supplémentaires à 25 % | 8 h | 15,3875 € | 123,10 € |
| Majoration de nuit 15 % | 16 h | 1,8465 € | 29,54 € |
| Majoration 25 % sur la part nuit des heures sup | 8 h | 0,4616 € | 3,69 € |
| Total de la semaine | 587,18 € |
Les mêmes 43 heures faites entièrement de jour auraient rapporté 430,85 + 123,10 = 553,95 € brut. Les deux nuits ajoutent donc 33,23 €, dont 3,69 € viennent uniquement de l'intégration de la majoration de nuit dans la base des heures sup. Un logiciel qui additionne simplement les taux afficherait 583,49 €.
Sur un bulletin mensuel, les lignes sont les mêmes avec les totaux du mois, le salaire de base restant mensualisé sur 151,67 heures. Pour refaire le calcul avec vos propres horaires, le simulateur d'heures supplémentaires donne la part majorée à 25 % et 50 %, et la calculatrice d'heures découpe un poste à cheval sur minuit.
Heures sup de nuit sur le bulletin de paie
Les heures sup de nuit n'ont pas de ligne officielle unique. Selon le logiciel, vous trouverez soit une ligne d'heures supplémentaires au taux enrichi, soit une ligne d'heures sup classique accompagnée d'un complément. Quatre contrôles suffisent :
- le nombre d'heures supplémentaires correspond à vos heures au-delà de 35 h dans chaque semaine civile, et non au mois ;
- la ligne de majoration de nuit porte sur toutes vos heures de nuit (16 dans l'exemple), pas seulement sur les heures sup ;
- le taux appliqué est celui de votre convention, pour la plage horaire qu'elle définit ;
- la majoration des heures sup tient compte de la part nuit, par une ligne de complément ou un taux horaire plus élevé.
Pour pouvoir comparer, notez chaque jour vos heures d'arrivée et de départ sur une feuille de pointage, en séparant les heures avant et après 21h. Une nuit de changement d'heure dure une heure de plus ou de moins, ce qui peut créer ou supprimer une heure sup : le cas est traité dans notre article sur le changement d'heure et le travail de nuit.
Repos, plafonds et défiscalisation
Le repos de nuit s'ajoute, il ne remplace rien
Si vous êtes travailleur de nuit (au moins 3 heures de nuit deux fois par semaine, ou 270 heures sur 12 mois sans accord), la contrepartie en repos prévue par l'article L3122-8 est due en plus de toute majoration de salaire. Elle ne peut pas être remplacée par de l'argent.
Pour les heures sup, l'article L3121-33 permet en revanche à un accord collectif de remplacer tout ou partie de leur paiement et de leurs majorations par un repos compensateur équivalent : 8 heures sup à 25 % donnent alors 10 heures de repos. Au-delà du contingent annuel (220 heures sans accord), chaque heure sup ouvre droit en plus à une contrepartie obligatoire en repos.
Le plafond de 40 heures en moyenne
Le travailleur de nuit est limité à 8 heures par poste (sauf accord ou autorisation de l'inspecteur du travail) et à 40 heures par semaine en moyenne sur 12 semaines consécutives, contre 44 heures pour un salarié de jour. Un accord peut porter cette moyenne à 44 heures. La semaine de 43 heures de l'exemple est donc possible, mais elle doit être compensée par des semaines plus courtes si l'accord ne relève pas la limite. Ces durées maximales sont détaillées dans l'article sur la durée légale du travail.
Impôt et cotisations
La rémunération des heures supplémentaires, majoration comprise, bénéficie de la réduction de cotisations salariales (jusqu'à 11,31 %) et de l'exonération d'impôt sur le revenu dans la limite de 7 500 € nets par an en 2026. La majoration de nuit versée sur les heures normales reste un salaire imposable ordinaire. Le détail des plafonds figure dans notre guide des heures supplémentaires 2026.
Chiffrer vos heures sup de la semaine
Saisissez vos heures et votre taux horaire : l'outil sépare les heures à 25 % et à 50 % et calcule le montant brut.