Travailler la nuit dérègle le rythme biologique, et la loi encadre donc de près les heures de nuit : leur définition, le statut de travailleur de nuit, les contreparties, la durée maximale et les visites médicales. Les règles applicables en 2026 sont reprises ci-dessous avec les articles du Code du travail et un exemple de paie chiffré.
Sommaire
- Qu'est-ce qu'une heure de nuit ?
- Qui est « travailleur de nuit » ?
- Majoration heures de nuit : obligatoire ou pas ?
- Comment calculer les heures de nuit
- Exemple de calcul au SMIC 2026
- Les heures de nuit sur le bulletin de paie
- Durée maximale et repos
- Surveillance médicale renforcée
- Peut-on refuser de travailler de nuit ?
Qu'est-ce qu'une heure de nuit ?
Selon le Code du travail, est considéré comme travail de nuit tout travail effectué sur une période d'au moins 9 heures consécutives incluant l'intervalle entre minuit et 5h (art. L.3122-2). À défaut d'accord collectif, cette période s'étend de 21h à 6h (art. L.3122-20). Une convention ou un accord d'entreprise peut retenir une autre plage, comprise entre 21h et 7h, par exemple de 22h à 7h.
Toute heure travaillée dans cette plage compte comme heure de nuit, même occasionnelle. Pour autant, vous n'êtes pas forcément « travailleur de nuit », et la nuance pèse lourd : la plupart des protections sont attachées à ce statut.
Qui est « travailleur de nuit » ?
Le statut de travailleur de nuit (art. L.3122-5) s'accompagne de protections supplémentaires. Une seule de ces deux conditions suffit pour l'obtenir :
- vous effectuez, selon votre horaire habituel, au moins 3 heures de travail de nuit au moins deux fois par semaine ;
- vous atteignez un nombre minimal d'heures de nuit sur une période de référence, fixé à 270 heures sur 12 mois consécutifs à défaut d'accord.
Un accord collectif peut fixer un autre nombre minimal d'heures et une autre période de référence ; sans accord, ce sont ces seuils légaux qui s'appliquent.
La durée légale du travail de 35 heures vaut pour tous les salariés, y compris ceux qui travaillent de nuit. Les salariés au forfait jours ne sont pas soumis aux mêmes plafonds horaires, mais restent tenus par les repos obligatoires.
Cas pratique : Marc travaille dans un restaurant de 17h à 23h, trois soirs par semaine. Sur ces six heures, deux sont des heures de nuit (21h-23h). Il n'atteint jamais 3 heures de nuit par soirée : le critère de régularité ne joue donc pas. En revanche, 2 h × 3 soirs × 50 semaines = 300 heures de nuit par an. Il passe au-dessus des 270 heures sur 12 mois et devient donc travailleur de nuit, avec les protections attachées au statut.
Majoration heures de nuit : ce qui est obligatoire (et ce qui ne l'est pas)
Beaucoup de salariés l'ignorent : le Code du travail n'impose aucun taux de majoration de salaire pour les heures de nuit. L'article L.3122-8 accorde au travailleur de nuit des contreparties, fixées par accord collectif :
- un repos compensateur, obligatoire (par exemple une journée de repos pour un certain nombre d'heures de nuit travaillées) ;
- une compensation salariale, seulement si l'accord la prévoit (par exemple une majoration de 20 % du taux horaire).
Tout se joue donc dans votre convention collective ou un accord d'entreprise. En l'absence d'accord, l'employeur ne peut recourir au travail de nuit qu'avec l'autorisation de l'inspecteur du travail, et il doit tout de même accorder une contrepartie en repos.
Exemples de majorations prévues par convention collective
| Convention | Majoration heures de nuit |
|---|---|
| HCR (hôtels-cafés-restaurants) | +25 % entre 22h et 7h pour les travailleurs de nuit |
| Transport routier | +20 % entre 21h et 6h |
| Métallurgie | +15 % à +30 % selon les conventions territoriales |
| Propreté | +20 % entre 21h et 6h |
| Hospitalisation privée | +10 % en semaine, +50 % le dimanche/férié de nuit |
Ces taux restent indicatifs. Ils bougent au fil des avenants, et un accord d'entreprise peut faire mieux. Le nom de votre convention collective figure sur le bulletin de paie : c'est son texte qui fait foi.
Comment calculer les heures de nuit
Le calcul des heures de nuit se fait en deux temps. Repérez d'abord la partie de votre poste qui tombe dans la plage de nuit applicable (21h–6h par défaut, ou celle de votre convention). Appliquez ensuite la majoration conventionnelle à ces heures-là uniquement, sur la base de votre taux horaire brut.
Prenons un poste de 20h à 4h, soit 8 heures. Avec une plage de nuit de 21h à 6h, seule l'heure de 20h à 21h est une heure de jour, ce qui laisse 7 heures de nuit (21h–4h). Si votre convention prévoit une majoration de 15 % et que vous êtes payé au SMIC de 12,31 € :
- salaire de base du poste : 8 × 12,31 = 98,48 € brut ;
- majoration de nuit : 7 × 12,31 × 0,15 = 12,93 € brut ;
- total de la nuit : 98,48 + 12,93 = 111,41 € brut.
Pour calculer la durée exacte d'un poste à cheval sur minuit, ou la part qui tombe dans la plage de nuit, la calculatrice heure vous évite les erreurs de minutes. Regardez aussi si votre accord prévoit un taux différent entre minuit et 5h.
Exemple de calcul : travail de nuit au SMIC 2026
Nadia est aide-soignante dans une clinique privée. Elle travaille de 21h à 7h, soit 10 heures par nuit, 4 nuits par semaine (un accord collectif permet de porter la durée du poste au-delà de 8 heures). Pour l'exemple, sa convention majore de 15 % les heures effectuées entre 21h et 6h.
Base de calcul : 4 × 10 h = 40 h par semaine, dont 4 × 9 h = 36 heures de nuit. Taux horaire : SMIC de 12,31 € (depuis juin 2026).
Heures normales (jusqu'à 35 h) : 35 × 12,31 = 430,85 € brut.
Heures supplémentaires (de la 36e à la 40e heure) : 5 × 12,31 × 1,25 = 76,94 €.
Majoration de nuit : 36 h × 12,31 × 0,15 = 66,47 €.
Total brut hebdomadaire : 430,85 + 76,94 + 66,47 = 574,26 €.
Sur un poste de jour de 40 h, elle toucherait 35 × 12,31 + 5 × 12,31 × 1,25 = 507,79 €. La nuit lui rapporte donc 66,47 € de plus par semaine, environ 288 € brut par mois (66,47 × 52 ÷ 12). Pour vérifier vos propres heures sup, passez par l'outil de calcul des heures supplémentaires et lisez notre guide des heures supplémentaires en 2026.
Comment apparaît le travail de nuit sur le bulletin de paie
Sur votre bulletin, les heures de nuit majorées doivent apparaître sur une ligne à part, avec leur taux. Trois points à contrôler :
- la base de calcul, qui doit correspondre aux heures réellement effectuées entre 21h et 6h (ou dans la plage définie par votre convention) ;
- le taux de majoration, conforme à votre convention collective, certaines prévoyant un taux plus élevé entre minuit et 5h ;
- le traitement fiscal : seule la part correspondant à des heures supplémentaires est exonérée d'impôt (dans la limite de 7 500 € nets par an). La majoration de nuit, elle, reste imposable.
Pour avoir de quoi comparer, notez vos heures d'arrivée et de départ sur une feuille de pointage. En cas d'écart, contactez le service RH ou demandez à votre employeur le décompte de vos heures.
Une nuit qui tombe sur le changement d'heure dure une heure de plus en octobre et une heure de moins en mars : voyez comment la compter dans notre article sur le changement d'heure et le travail de nuit.
Durée maximale et repos
Parce que la nuit use davantage l'organisme, les travailleurs de nuit ont des limites plus serrées que les salariés de jour :
- 8 heures maximum par poste (art. L.3122-6), durée qui peut être dépassée par accord collectif ou sur autorisation de l'inspecteur du travail ;
- 40 heures par semaine en moyenne sur 12 semaines consécutives (art. L.3122-7), contre 44 heures pour le travail de jour ; un accord peut porter cette limite à 44 heures ;
- 11 heures de repos quotidien entre deux postes, comme pour tous les salariés (art. L.3131-1) ;
- 20 minutes de pause au minimum dès que le temps de travail atteint 6 heures (voir notre guide sur la pause déjeuner et le Code du travail).
Surveillance médicale renforcée
L'article L.3122-11 prévoit que tout travailleur de nuit bénéficie d'un suivi individuel régulier de son état de santé :
- une visite auprès de la médecine du travail avant l'affectation à un poste de nuit ;
- des visites périodiques dont la fréquence est fixée par le médecin du travail, sans pouvoir dépasser 3 ans depuis la réforme de 2017 ;
- si le médecin du travail constate que vous n'êtes plus apte au travail de nuit, l'employeur doit vous proposer un poste de jour.
Si vos horaires de nuit vous semblent peser sur votre santé, vous pouvez demander à tout moment à rencontrer le médecin du travail.
Peut-on refuser de travailler de nuit ?
Le refus de passer à un horaire de nuit est possible, notamment dans ces trois cas :
- des obligations familiales impérieuses, comme la garde d'un enfant ou la prise en charge d'une personne dépendante (art. L.3122-12) ;
- une inaptitude au travail de nuit déclarée par le médecin du travail ;
- un travail de nuit non prévu au contrat : passer d'un horaire de jour à un horaire de nuit modifie votre contrat. Votre refus n'est pas une faute ; l'employeur doit alors renoncer ou engager une procédure de licenciement, dont il devra justifier le motif.
À l'inverse, quand votre contrat ou la convention collective prévoit déjà le travail de nuit pour votre poste, refuser sans motif valable peut vous être reproché comme une faute.
Femmes enceintes : la salariée qui travaille de nuit peut demander à être affectée à un poste de jour pendant sa grossesse et pendant la période postnatale, jusqu'à un mois après la fin du congé maternité (art. L.1225-9).
🧮 Simuler une nuit avec majorations
Combinez heures de nuit, heures sup et conventions collectives.