Le changement d'heure travail de nuit pose chaque année la même question aux équipes de nuit et aux services paie : l'heure que la montre « reprend » en octobre ou « vole » en mars, qui la paie ? Le Code du travail ne contient aucun article dédié. La réponse se construit donc avec les règles ordinaires sur le temps de travail effectif, une vieille réponse ministérielle et, surtout, votre convention collective. Les dates, les durées réelles des postes et les calculs ci-dessous valent pour la France métropolitaine.
Réponse courte : une nuit de travail qui traverse le passage à l'heure d'hiver dure une heure de plus en temps réel (21h-5h = 9 heures le 25 octobre 2026), et cette heure doit être payée, avec majoration si elle fait dépasser 35 heures dans la semaine. Au passage à l'heure d'été (28 mars 2027), la nuit dure une heure de moins et l'employeur peut retenir l'heure non travaillée, sauf si la convention collective ou l'usage de l'entreprise prévoit de maintenir la paie.
Sommaire
Dates du changement d'heure en 2026 et 2027
Les dates sont harmonisées dans l'Union européenne par la directive 2000/84/CE : l'heure d'été commence le dernier dimanche de mars et se termine le dernier dimanche d'octobre, chaque fois à 1 heure du matin en temps universel. En France, cela tombe à 3h en octobre et à 2h en mars, heure locale.
| Passage | Date | Ce que fait l'horloge | Effet sur une nuit de travail |
|---|---|---|---|
| Heure d'hiver | Dimanche 25 octobre 2026 | À 3h, il est 2h | +1 heure réelle |
| Heure d'été | Dimanche 28 mars 2027 | À 2h, il est 3h | −1 heure réelle |
Les deux changements ont lieu dans la nuit du samedi au dimanche. Seuls les postes en cours à ce moment-là sont touchés : en octobre, ceux qui couvrent le créneau de 2h à 3h, en mars, ceux qui couvrent le créneau de 2h.
Quart de nuit : horaire affiché et heures réellement travaillées
Sur le planning, un quart de nuit est écrit en heures d'horloge : 21h-5h, 22h-6h. Or l'horloge saute une heure pendant le poste. Le soir du samedi 24 octobre 2026, quelqu'un qui prend son service à 21h voit passer deux fois le créneau de 2h à 3h et repart à 5h après 9 heures de présence. Le samedi 27 mars 2027, l'horloge passe directement de 2h à 3h : le même quart s'arrête au bout de 7 heures.
| Quart de nuit (horaire) | Nuit ordinaire | Nuit du 24 au 25 oct. 2026 | Nuit du 27 au 28 mars 2027 |
|---|---|---|---|
| 20h - 4h | 8 h | 9 h | 7 h |
| 21h - 5h | 8 h | 9 h | 7 h |
| 22h - 6h | 8 h | 9 h | 7 h |
| 23h - 7h | 8 h | 9 h | 7 h |
| 19h - 7h (poste de 12 h) | 12 h | 13 h | 11 h |
Les durées sont des temps de présence au poste, pause comprise. Si votre pause n'est pas rémunérée (au moins 20 minutes dès 6 heures de travail, comme l'explique notre guide sur la pause au regard du Code du travail), retirez-la comme d'habitude : l'écart d'une heure reste le même.
Heures de nuit : à partir de quelle heure ?
À défaut d'accord collectif, la période de nuit va de 21h à 6h. Un accord peut fixer une autre plage de 9 heures consécutives, comprise entre 21h et 7h et incluant obligatoirement l'intervalle de minuit à 5h. Cette plage s'allonge elle aussi : la nuit du 24 au 25 octobre, il s'écoule 10 heures réelles entre 21h et 6h, et seulement 8 heures la nuit du 27 au 28 mars. Pour un poste de 21h à 5h, toutes les heures travaillées tombent dans la plage de nuit, l'heure en plus d'octobre comprise.
Payé à l'heure réelle ou à l'horaire prévu ?
Le principe est de compter le temps de travail effectif, c'est-à-dire le temps passé à la disposition de l'employeur. Le Code du travail ne réserve aucun sort particulier au changement d'heure. La référence citée par les éditeurs de paie et les juristes reste une réponse ministérielle publiée au Journal officiel du 10 décembre 1976 (question n° 32310), qui renvoie au droit commun :
- en octobre, l'heure travaillée en plus est due, et elle obéit aux règles des heures supplémentaires si elle fait dépasser la durée légale ;
- en mars, l'employeur est fondé à pratiquer une retenue correspondant à l'heure non travaillée.
Ce « peut retenir » n'est pas une obligation. Beaucoup d'entreprises ne touchent pas au salaire mensualisé en mars, par simplicité ou par usage. Et une convention collective ou un accord d'entreprise peut régler la question autrement. Un exemple relevé dans la manutention portuaire : un accord de branche de 2012 prévoyait de ne pas réduire les heures décomptées quand le poste raccourcit au printemps, et de compter la durée réelle (9 heures pour un poste de 22h à 6h) quand il s'allonge à l'automne. Ailleurs, la consigne est plutôt de décaler la fin du poste d'une heure pour que la nuit reste à 8 heures. Ces règles varient d'une branche à l'autre et changent avec les avenants. Le nom de votre convention figure sur votre bulletin de paie, et c'est son texte en vigueur qui tranche.
Sur un salaire mensualisé, l'heure d'octobre apparaît en général sur une ligne à part (heure supplémentaire ou heure complémentaire selon le contrat). Une éventuelle retenue de mars apparaît comme une absence d'une heure. Si rien ne bouge sur votre bulletin d'octobre après la nuit du 24 au 25, signalez-le au service paie.
Heure de nuit, majoration et heures supplémentaires : l'effet sur la semaine
L'heure gagnée ou perdue ne compte pas seulement pour la nuit concernée. Elle entre dans le décompte de la semaine civile (du lundi au dimanche, sauf accord), et les nuits du changement tombent toutes deux un samedi soir, donc en fin de semaine. Toute heure faite au-delà de 35 heures est une heure supplémentaire, majorée de 25 % jusqu'à la 43e heure et de 50 % ensuite, sauf taux conventionnel différent (10 % au minimum).
Deux semaines de nuit au SMIC, en octobre 2026
Prenons un salarié payé au SMIC de 12,31 € brut de l'heure, qui enchaîne des postes de 21h à 5h, nuit du 24 au 25 octobre comprise.
| Semaine du 19 au 25 octobre 2026 | Heures prévues | Heures réelles | Effet de l'heure en plus |
|---|---|---|---|
| 4 nuits de 21h à 5h | 32 h | 33 h | Sous les 35 h : 1 heure payée au taux normal, soit 12,31 € brut |
| 5 nuits de 21h à 5h | 40 h (5 h sup) | 41 h | 6 h sup au lieu de 5 : l'heure en plus vaut 12,31 × 1,25 = 15,39 € brut |
Si votre convention majore aussi les heures de nuit, de 20 % par exemple, ajoutez 12,31 × 0,20 = 2,46 € pour cette heure, soit 17,85 € brut dans le second cas. La base de calcul des majorations cumulées dépend de l'accord. Pour chiffrer votre propre semaine, notre simulateur d'heures supplémentaires applique les taux de 25 % et 50 % ou ceux de votre convention.
En mars, le mouvement est inverse. La semaine de 5 nuits passe de 40 à 39 heures réelles, donc de 5 à 4 heures supplémentaires si l'employeur décompte la durée réelle. S'il maintient l'horaire prévu par usage ou en application de l'accord, le bulletin reste à 40 heures.
Majoration de nuit et repos compensateur
Le Code du travail n'impose aucun taux de majoration pour les heures de nuit. Il impose en revanche aux travailleurs de nuit une contrepartie sous forme de repos compensateur, et une compensation salariale seulement si l'accord collectif la prévoit. Notre article sur la majoration des heures de nuit détaille les deux. Pour la nuit du 25 octobre, l'heure supplémentaire étant située dans la plage de nuit, elle s'ajoute au compteur d'heures de nuit : 9 heures de nuit au lieu de 8. Elle compte donc aussi pour le repos compensateur prévu par votre accord et pour le seuil de 270 heures de nuit sur 12 mois qui définit, par défaut, le travailleur de nuit. À l'inverse, l'heure qui n'a pas existé en mars ne génère ni majoration ni repos.
Repos quotidien de 11 heures et limite de 8 heures par poste
Deux limites légales se mesurent en durée réelle, et le planning ne montre pas qu'on les franchit.
La première est la durée maximale du poste. Un travailleur de nuit ne peut en principe pas dépasser 8 heures par jour (article L3122-6), sauf accord collectif ou autorisation de l'inspecteur du travail. La nuit du 24 au 25 octobre, un poste affiché 21h-5h dure 9 heures. Si aucun accord ne couvre ce dépassement, la solution habituelle consiste à faire terminer l'équipe à 4h (heure d'hiver), ce qui ramène la nuit à 8 heures réelles.
La seconde est le repos quotidien : 11 heures consécutives au minimum entre deux journées de travail (article L3131-1). Au printemps, ce repos peut fondre d'une heure. Un salarié qui finit le samedi 27 mars 2027 à 23h et reprend le dimanche à 10h croit avoir eu 11 heures de pause entre les deux. Il n'en a eu que 10, parce que l'horloge a sauté de 2h à 3h. En octobre, le même enchaînement donne 12 heures réelles et ne pose pas de difficulté.
Remplir la feuille de pointage et faire le calcul
Sur une feuille d'heures papier, notez l'horaire tel que l'horloge l'a affiché (21:00 - 05:00), puis le total réel (9 h en octobre, 7 h en mars) et une mention « changement d'heure » dans la marge. C'est ce total qui doit remonter dans votre compteur d'heures et sur le bulletin.
Avec nos outils, soyons clairs sur un point : la calculatrice heure calcule l'écart entre deux heures d'horloge. Pour 21h-5h, elle affiche 8 h 00, la nuit du changement comme les autres, car elle ne sait pas à quelle date vous avez travaillé. Il faut donc corriger à la main :
- nuit du 24 au 25 octobre 2026 : ajoutez 1 heure au résultat (8 h + 1 h = 9 h), par exemple avec l'onglet d'addition d'heures ;
- nuit du 27 au 28 mars 2027 : retirez 1 heure (8 h − 1 h = 7 h), ou saisissez 60 minutes dans le champ de pause à déduire.
La feuille de pointage fonctionne de la même façon, ligne par ligne. Une astuce donne le bon total sans retouche : découper la nuit en deux plages autour du changement. En octobre, saisissez 21:00-03:00 puis 02:00-05:00 (6 h + 3 h = 9 h). En mars, saisissez 21:00-02:00 puis 03:00-05:00 (5 h + 2 h = 7 h). Le total de la semaine devient alors juste, et la feuille imprimée garde la trace de ce qui s'est passé cette nuit-là.
Calculer la durée de votre nuit
Saisissez votre heure de prise de poste et de fin : la calculatrice passe minuit toute seule. Ajoutez ou retirez 1 h pour la nuit du changement d'heure.