Droit du travail

Pause cigarette code du travail : ce que l'employeur peut décider

Cinq minutes dehors à 10h, autant à 15h30. La pause cigarette fait partie du quotidien de beaucoup d'équipes, souvent sans règle écrite. Ce que prévoit la loi, ce que peut exiger l'employeur et comment la décompter.

Sur la pause cigarette, le Code du travail est silencieux : aucun article ne la mentionne. La pause cigarette code du travail se résume donc à une tolérance, que l'employeur peut accorder, encadrer ou supprimer en dehors des pauses obligatoires. Le sujet touche pourtant à trois règles bien réelles : la définition du temps de travail effectif, le pouvoir disciplinaire de l'employeur et l'interdiction de fumer ou de vapoter dans les locaux. Reste à les articuler, et à compter ces pauses sans que fumeurs et non-fumeurs se sentent lésés.

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Le Code du travail ne prévoit aucun droit à la pause cigarette. Le seul droit est la pause de 20 minutes consécutives dès 6 heures de travail, pendant laquelle chacun fait ce qu'il veut, fumer compris. En dehors de cette pause, l'employeur peut tolérer, limiter ou interdire les sorties cigarette, et demander qu'elles soient badgées : quand vous êtes libre de vos occupations, ce temps n'est pas du travail effectif.

Temps de pause cigarette : ce que dit le Code du travail

Le Code du travail ne connaît qu'une pause obligatoire pour les adultes : 20 minutes consécutives dès que le temps de travail de la journée atteint 6 heures (article L3121-16). Il ne précise pas ce que le salarié fait de ce temps. Vous pouvez donc fumer pendant cette pause, comme pendant votre pause déjeuner, à condition de le faire là où c'est permis.

Tout le reste relève de l'organisation de l'entreprise. Les pauses cigarette prises en cours de matinée ou d'après-midi ne reposent sur aucun texte ; elles existent parce que l'employeur les accepte, au moins tacitement. Le guide général sur la pause déjeuner et les temps de pause obligatoires détaille la règle des 20 minutes et les pauses prévues par les conventions collectives.

Tolérer, encadrer ou refuser

Face aux pauses cigarette, l'employeur a le choix :

Une même règle pour tous évite les tensions : plutôt qu'une « pause cigarette », beaucoup d'entreprises fixent des pauses courtes ouvertes à chacun, fumeur ou non, que l'on passe dehors, à la machine à café ou au téléphone.

Une pause cigarette est-elle du temps de travail ?

Le critère est celui de l'article L3121-1 : le temps de travail effectif est celui pendant lequel vous êtes à la disposition de l'employeur, suivez ses directives et ne pouvez pas vaquer librement à vos occupations personnelles. Quand vous sortez fumer, vous quittez votre poste et faites ce que vous voulez. Ce temps n'est donc pas du travail effectif.

Trois conséquences en découlent :

À l'inverse, si vous fumez en restant à la disposition de l'employeur, téléphone de service en main ou en surveillant l'entrée d'un magasin, la situation se rapproche du travail effectif. Tout dépend des faits, et un litige se tranche au cas par cas.

Abus et sanctions : ce que retiennent les juges

Une pause tolérée ne devient pas un droit sans limite. Si les sorties se multiplient au point de désorganiser le service, ou si le salarié quitte son poste malgré une consigne, l'employeur peut user de son pouvoir disciplinaire : rappel à l'ordre, avertissement, mise à pied, voire licenciement dans les cas graves. La sanction doit respecter la procédure disciplinaire et rester proportionnée à la faute ; le conseil de prud'hommes peut annuler une sanction disproportionnée.

Deux décisions de la Cour de cassation sont souvent citées :

Dans les deux cas, ce n'est pas la cigarette elle-même qui est sanctionnée, mais l'abandon de poste ou le non-respect d'une règle de sécurité connue de tous. Un salarié qui fume pendant des pauses tolérées, à l'endroit prévu, ne commet pas de faute.

Fumer et vapoter au travail : les interdictions

La cigarette

Le Code de la santé publique interdit de fumer dans les lieux fermés et couverts qui constituent des lieux de travail (article R3512-2). Bureaux, ateliers, couloirs, salles de pause intérieures : la cigarette se fume dehors. L'employeur peut aménager un fumoir, mais il n'y est pas obligé, et ce local doit respecter des conditions strictes : salle close réservée aux fumeurs, sans aucune prestation de service, avec une ventilation mécanique dédiée et une surface limitée. L'employeur doit aussi protéger les non-fumeurs du tabagisme passif, au titre de son obligation de sécurité.

La cigarette électronique

Depuis le 1er octobre 2017, il est interdit de vapoter dans les lieux de travail fermés et couverts à usage collectif (article L3513-6 du Code de la santé publique et décret n° 2017-633 du 25 avril 2017). Open space, bureau partagé, salle de réunion sont concernés. La loi ne vise pas les locaux qui accueillent du public ni le bureau individuel, mais le règlement intérieur peut étendre l'interdiction. L'employeur doit afficher l'interdiction de vapoter de façon visible.

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Fumer ou vapoter dans un lieu où c'est interdit expose le salarié à une amende, et l'employeur qui ne respecte pas ses obligations (signalisation, fumoir non conforme) s'expose lui aussi à des sanctions pénales. Le non-respect d'une interdiction inscrite au règlement intérieur peut en plus justifier une sanction disciplinaire.

Décompter les pauses cigarette équitablement

C'est souvent le décompte qui crée le malaise entre collègues. Quelques minutes paraissent anodines ; additionnées, elles pèsent. Prenons 4 pauses de 7 minutes par jour :

Si ces pauses ne sont pas du travail effectif et que l'entreprise les fait décompter, une journée de 8h30 à 17h30 avec une heure de déjeuner (8 heures de travail) devient 7 h 32 de travail effectif, soit 7,53 h sur la feuille d'heures. Si elles sont tolérées sans décompte, les 8 heures restent comptées en entier.

Pour que la règle soit claire et équitable :

L'employeur doit de toute façon décompter la durée du travail de chaque salarié dans certains cas, notamment lorsque les horaires ne sont pas collectifs. Les règles sont détaillées dans notre article sur le compteur d'heures de l'employeur.

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Questions fréquentes

La pause cigarette est-elle prévue par le Code du travail ?

Non. Aucun article du Code du travail ne prévoit de pause cigarette. Le seul droit est la pause de 20 minutes consécutives dès 6 heures de travail par jour, pendant laquelle le salarié peut fumer là où c'est autorisé. Les autres pauses cigarette relèvent de la tolérance de l'employeur.

Mon employeur peut-il interdire les pauses cigarette ?

Oui, en dehors des pauses légales et conventionnelles. Il peut aussi les limiter en nombre ou en durée, fixer des créneaux ou imposer de badger, par le règlement intérieur ou une note de service. Il ne peut pas en revanche supprimer la pause obligatoire de 20 minutes.

Le temps de pause cigarette est-il payé ?

En principe non, car vous n'êtes pas à la disposition de l'employeur pendant que vous fumez : ce n'est pas du temps de travail effectif. L'employeur peut donc demander de badger ces pauses. Si elles sont tolérées sans décompte, elles restent comprises dans vos heures.

Peut-on être licencié pour des pauses cigarette ?

Oui, en cas d'abus ou de manquement grave. La Cour de cassation a validé un licenciement pour faute grave d'un agent de sécurité qui avait quitté son poste sans autorisation pour aller fumer (9 mars 2011) et d'un salarié qui avait fumé malgré une interdiction liée au risque d'incendie (1er juillet 2008). La sanction doit rester proportionnée.

A-t-on le droit de vapoter au bureau ?

Non dans les lieux de travail fermés et couverts à usage collectif, comme un open space ou un bureau partagé, depuis le 1er octobre 2017. La loi ne vise pas le bureau individuel, mais le règlement intérieur peut y interdire aussi la cigarette électronique.

Comment compter les pauses cigarette sur une feuille d'heures ?

Notez l'heure de sortie et de retour, puis retirez ce temps du total si l'entreprise décompte ces pauses. Quatre pauses de 7 minutes représentent 28 minutes par jour, soit 0,47 heure en centièmes et 2 h 20 sur une semaine de 5 jours.

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